Agricultrice/agriculteur. Les femmes dans l'agriculture et l’horticulture en Flandre.

Geertrui Cazaux

Octobre 2011

La présente étude de reconnaissance vise à brosser un aperçu du rôle et du statut de la femme dans l'agriculture et l’horticulture en Flandre. Pour ce faire, nous avons procédé à un découpage des statistiques disponibles par genre. Les données sont complétées par les commentaires de cinq experts à propos du rôle et du statut des femmes dans l'agriculture et l’horticulture en Flandre, et les problèmes potentiels y relatifs.

Les agricultrices et les horticultrices brillent par leur absence dans la recherche et les études menées sur l'agriculture et l’horticulture en Flandre. Bien que deux organisations agricoles flamandes comportent un département réservé aux femmes (KVLV-Agra et Vrouwen-ABS), aucune étude n’existe quant à l’apport de la gent féminine dans les organisations de défense d'intérêts des agriculteurs et la politique agricole. Jusqu'à présent, très peu d'études ont été réalisées sur le rôle et le statut de la femme dans les exploitations agricoles et horticoles en Flandre.

Nous avons isolé plusieurs caractéristiques des chefs d’entreprise ou d'exploitation par genre (homme/femme) dans l'agriculture et l’horticulture (? 4 UDS). En 2009, nous avions 2.041 dirigeants d’entreprise de sexe féminin sur un total de 18.731, soit un ratio de 11 % de femmes contre 89 % d’hommes à la tête d’une exploitation. De légères variations de ce ratio sont observées selon l'orientation de la production, les principales étant relevées au niveau des orientations de production suivantes: « autres ruminants » (22 % contre 78 %), « animaux de basse-cour » (18 % contre 82 %) et « exploitations d'élevage mixte » (5 % contre 95 %).

Tant du côté des femmes que des hommes, nous voyons que l’âge moyen des dirigeants d’entreprise augmente. De 46,18 ans en 1999, il passe à 49,44 ans en 2009. L'âge moyen des femmes est, du reste, légèrement supérieur à celui des hommes, passant de 46,45 en 1999 à 50,29 ans en 2009. Toutes exploitations confondues (< 4 UDS incluses), l’âge moyen est supérieur (53,9 ans). Pour les femmes, l’âge est considérablement supérieur (56,44 ans) à celui des hommes (53,47 ans). Toutes entreprises confondues, en 2009, 34 % de dirigeants d’entreprise de sexe masculin étaient à la tête d’une exploitation < 4 UDS contre 50 % de dirigeants d’entreprise de sexe féminin. Le rapport hommes/femmes chez les dirigeants d'entreprise s’en trouve dès lors modifié: il est de 86 % de dirigeants d’entreprise de sexe masculin pour 14 % de dirigeants d’entreprise de sexe féminin.

Le découpage de la population active indépendante par secteur d'activité fait apparaître une sous-représentation des femmes dans l'agriculture. La part de femmes dans l'agriculture est de seulement 29 % contre presque 34 % pour la moyenne générale de la population active indépendante. Dans ces données, nous retrouvons cependant également les personnes ayant le statut de conjoint(e) aidant(e). De leur côté, les experts interrogés soulignent également la part inférieure de dirigeants d’entreprise de sexe féminin établis dans le secteur agricole et horticole par rapport à celles dans d’autres secteurs. Il se peut qu’enregistrer l'exploitation au nom de l'homme soit une plus grande « évidence » encore dans les secteurs agricoles et horticoles.

En 2009, les parts de dirigeants d’entreprise de sexes masculin et féminin établis en société unipersonnelle sont de, respectivement, 82% et 77 %. Les femmes sont plus fréquemment directrices d’une société que les hommes (19 % de femmes contre 11 % d’hommes).

La part de dirigeants d’entreprise mariés et séparés est à peu près égale pour les deux genres (environ 80 % mariés et 2 % séparés). Chez les dirigeants d’exploitation de sexe masculin, en revanche, la part de célibataires est de loin supérieure à celle enregistrée chez les dirigeants d’entreprise de sexe féminin (15 % contre 6 %). La part de veufs (10 %) est de loin supérieure à celle de veuves (1 %). Les dirigeants d’exploitation comptant sur une succession ou le contraire sont au même niveau pour les deux genres.

Sur l’ensemble des dirigeants d’entreprise des deux genres, le niveau de formation se répartit comme suit: formation sur le tas (38 % et 69 %), formation de base (28 % et 21 %) et formation agricole (34 % et 11 %). Ces chiffres concernent uniquement le niveau de formation agricole (ils ne tiennent pas compte des autres formations éventuelles des dirigeants d’entreprise). La part de dirigeants d’entreprise de sexe féminin à ne pas utiliser de PC est légèrement supérieure à celles d’hommes dans ce cas.

Au total, 63 % des personnes régulièrement employées dans le secteur agricole et horticole flamand (exploitation ? 4 UDS) sont des hommes et 37 % des femmes. La catégorie la plus représentée chez les femmes est celle d’épouse du chef d’exploitation (59 %, contre seulement 3 % chez les hommes). En 2009, 29 % des femmes actives dans le secteur agricole ont le statut de conjointe aidante. Dans le secteur agricole, 97 % des conjoints aidants sont des femmes (contre 91 % tous secteurs confondus). 

Le nombre d'accidents de travail chez les salariés du secteur est inférieur pour les femmes. La victime de l'accident de travail est une femme dans 27 % et un homme dans 73 % des cas.

Nous réalisons un découpage de la perception des aides directes du Pilier I de la Politique agricole commune (PAC) pour chaque genre. Après répartition des droits au paiement (GTR+STR) payés par genre, entre les catégories hommes, femmes, groupements et formes juridiques, nous voyons que pour l’ensemble des droits au paiement versés, 73 % vont à des dirigeants de sexe masculin et 12 % des dirigeants de sexe féminin. Les bénéficiaires de la part restante des droits au paiement étant des groupements et des formes juridiques. Le rapport hommes/femmes obtenu se rapproche du rapport hommes/femmes par genre de dirigeants d’entreprise. Les dirigeants d’entreprise de sexe féminin ne perçoivent cependant que 7 % de la valeur des droits au paiement.

Le rapport annuel 2009 du Programme de Développement rural de la Flandre 2007-2013 (Programma voor Plattelandsontwikkeling Vlaanderen) indique la part de femmes pour diverses mesures du PDPO. Pour chaque mesure du PDPO, les taux de femmes ayant participé à ou les taux de dossiers introduits par des femmes sont, respectivement: 37 % pour les cursus et les stages, 29 % pour la formation courte, 17 % de prime d’établissement pour les jeunes agriculteurs, 6 % de primes à l’investissement, 8 % de primes à la diversification, 74 % de services intermédiaires et 31 % de Leader. La surreprésentation des femmes dans la mesure « services intermédiaires » (éducation et formation de l’entrepreneuriat rural) provient principalement du fait que des activités organisées par la KVLV en font partie.

En outre, nous avons également interrogé des experts afin d’épingler les problèmes relatifs au statut de la femme dans le secteur agricole et horticole flamand. Les points suivants sont régulièrement revenus dans la discussion:

  • On dénombre considérablement moins de femmes dans le secteur agricole et horticole que dans les autres secteurs. Il se peut que l’origine de cette différence réside dans le caractère plus traditionnel et familial du secteur.
  • Ces dernières années, les femmes du secteur agricole et horticole vont davantage travailler à l’extérieur. Et ce, peut-être plutôt par nécessité financière vu la crise qui touche le secteur. On peut voir le tout comme un signe d'émancipation d’un côté, mais de l’autre, si cette « émancipation » est justifiée par des impératifs uniquement financiers, ce n’est pas une bonne chose pour les femmes.
  • Il est à supposer que les femmes sont le plus souvent celles qui gèrent le côté administratif de l’entreprise et qu’elles disposent, pour cette raison, d’une meilleure vue d'ensemble de la santé de l’entreprise et qu’elles peuvent aussi mieux jauger les conséquences de la crise.
  • Le statut du « conjoint aidant » est devenu obligatoire. Mais cela ne signifie pas nécessairement une amélioration du statut de la femme au sein de l'exploitation agricole. Ces dernières années, le nombre de personnes ayant ce statut est également en régression. Des questions sont certainement à se poser quant au contenu de ce statut: quid des bas revenus ? Plutôt une coentreprise à part entière ?
  • Une bonne connaissance et conscience des possibilités et conséquences du droit matrimonial, du droit successoral, du droit des sociétés, de la fiscalité, etc. sont peut-être plus importantes encore dans les secteurs agricoles et horticoles que dans d'autres secteurs. Les femmes n’ont souvent pas de vision d’ensemble de la situation et n’osent pas suffisamment parler de ce qu’elles vivent. Les experts chargés de conseiller les agriculteurs et les horticulteurs n’ont, quant à eux, la plupart du temps pas non plus de vision d'ensemble.

Ni le découpage par genre des caractéristiques des dirigeants d’entreprises ou des salariés de l’agriculture ou de l’horticulture ni les statistiques de genre n’apportent de réponse concluante à la question de savoir si les femmes du secteur agricole et horticole disposent de chances égales, ni du tout à la question de savoir comment les femmes s’y sentent. Néanmoins, cette répartition en fonction du genre constitue une première étape à franchir pour cartographier le statut et le rôle de la femme dans le secteur agricole et horticole flamand. Dans le présent rapport, nous n’avons fait qu’effleurer le problème. La présente étude constitue une incitation à approfondir la question du genre dans le secteur agricole et horticole en Flandre.

Version originale:
Geertrui Cazaux (2011)
Boerin/boer. Een venster op de vrouw in de Vlaamse land- en tuinbouw
Département de l'Agriculture et de la Pêche, Bruxelles.


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