Innovation dans les secteurs de l'agriculture et de l'horticulture en Flandre: résultats du réseau d’information comptable agricole (LMN)

Joeri Deuninck, Koen Carels, Dirk Van Gijseghem & Inge Piessens

Mars 2008

Cette étude se base sur les résultats d’une enquête réalisée dans 715 entreprises agricoles et horticoles du réseau d’information comptable agricole (Landbouwmonitoringsnetwerk, LMN). Le LMN est le réseau comptable géré par la Division de l’Analyse de la Politique agricole (AMS) du Département de l'Agriculture et de la Pêche. L'objectif de cette étude était de vérifier dans quelle mesure les différents secteurs de l'agriculture et de l'horticulture sont innovants, quels sont les types d'innovations qui se présentent, qui est concerné et quelles sont les raisons pour innover ou non. L’objectif était aussi de contrôler s’il existe un lien entre certaines caractéristiques propres à l’entreprise et aux dirigeants d’entreprise et l’innovation.

L’analyse descriptive a avancé qu’il y avait une différence dans le nombre d’innovations (pourcentage d’entreprises ayant innové) selon le type d’entreprise, la taille de l’entreprise et l’âge/le suivi du dirigeant de l’entreprise. L’horticulture (et en particulier l’horticulture ornementale) est très innovante, suivie par l’élevage porcin. L’élevage bovin (et en particulier l’élevage de bovins laitiers) enregistre le score le plus faible. Les cultures et les entreprises mixtes se situent dans la moyenne, avec au sein des entreprises mixtes une valeur supérieure pour les combinaisons porcs & bovins et porcs & cultures. Par ailleurs, les plus grandes entreprises et les dirigeants d’entreprise plus jeunes innovent relativement plus, tout comme les chefs d’entreprise plus âgés (> 55 ans) avec successeur.

Une analyse descriptive plus poussée a indiqué que la différence au niveau de la taille de l'entreprise et de l'âge n'était pas aussi grande pour tous les types d'entreprise. Il y a pour une partie d'entre elles une interférence entre le type d'entreprise, la taille de l'entreprise et l'âge/suivi du dirigeant de l'entreprise. Ces variables ont donc aussi été reprises dans un modèle économétrique, une régression logistique, pour avoir une meilleure idée de l’impact final sur l’innovation. Il ressort des résultats que la taille de l’entreprise et l’âge/suivi du dirigeant de l’entreprise ont un impact important sur l’innovation. Dans l’intervalle de 0 à 105 unités de dimension flamande (UDF), il y a un impact positif de la taille de l’entreprise sur l’innovation. Cet impact positif croissant augmente surtout dans les entreprises plus petites et se stabilise pour les entreprises plus grandes. Ce sont surtout les dirigeants d’entreprise de moins de 35 ans qui innovent. Nous notons également un impact positif pour les dirigeants d’entre 35 et 45 ans et les dirigeants de plus de 55 ans avec successeur. Le type d’entreprise a lui aussi un impact, bien qu’il ne soit pas significatif d’un point de vue statistique pour tous les types d’entreprise. Il y a surtout un impact positif sur l’innovation pour les sous-secteurs de l'horticulture ornementale et des légumes au sein de l’horticulture et, dans une moindre mesure, de l’élevage porcin et dans l’horticulture, de la culture de fruits. Par contre, l’impact de l’élevage de bétail laitier est surtout négatif, suivi par les entreprises mixtes actives dans les cultures et les bovins ainsi que les entreprises d’élevage de bovins viandeux.

Outre le nombre d’innovations, la mesure d’innovativité (pourcentage de collègues ayant introduit une innovation) est également contrôlée en fonction du type d’entreprise et de la taille de l’entreprise. Les participants à l’enquête sont donc répartis en quatre catégories de diffusion en ordre décroissant de capacités innovantes : le participant est soit l’un des premiers, soit moins de 5% des collègues, entre 5 et 25 % des collègues ou plus de 25% des collègues ont déjà introduit l’innovation. En ce qui concerne le type d'entreprise, il s'avère qu'en règle générale, les entreprises de cultures enregistrent des résultats plus faibles au niveau du nombre d’innovations, mais que celles qui innovent présentent une capacité innovante relativement supérieure (pourcentage plus élevé dans la catégorie « un des premiers »). C’est par contre plutôt l’inverse pour l’élevage intensif (entreprises d’élevage porcin) : en ce qui concerne le nombre, elles innovent relativement plus, mais pour ce qui est de la mesure d’innovativité, elles enregistrent des résultats relativement plus faibles. Les entreprises horticoles sont à nouveau réparties dans les quatre catégories. Cela est entre autres lié au type d’innovation. En ce qui concerne la taille de l’entreprise, il existe aussi un lien avec la mesure de l’innovativité. D’une part les entreprises plus petites innovent moins, et d’autre part les entreprises plus petites sont plus souvent les suiveurs tardifs et présentent donc une capacité innovante relativement plus faible.

Les innovations sont classées en quatre types: les produits (17%), les processus (71%), le marché (9%) et les innovations organisationnelles (3%). La culture de légumes en serre et l'horticulture ornementale obtiennent des scores très élevés (les plus élevés) en ce qui concerne les innovations de processus, tandis que la culture de fruits enregistre un pourcentage élevé (le plus élevé) en ce qui concerne les innovations de produits. Par ailleurs, les cultures et les entreprises mixtes présentent aussi des innovations de produits et, dans une moindre mesure, des innovations de marché relativement nombreuses.

Le lien entre le type d’innovation et le modèle de diffusion (mesure de l’innovation) est statistiquement significatif. La plupart des innovations de produit et de marché appartiennent aux catégories de diffusion plus innovantes, ce qui est logique puisque 88% des innovations de marché concernent un élargissement vertical et que 25% des innovations de produits concernent un élargissement horizontal. Le pourcentage relativement plus élevé d’innovations de produits et de marché dans les cultures explique donc partiellement pourquoi les entreprises de cultures présentent une capacité innovante relativement supérieure.

Les principales raisons de l’innovation sont l’obtention de revenus plus élevés, une amélioration de la qualité, une économie sur les coûts, la rationalisation du travail et la législation/réglementation. On retrouve surtout la réduction des coûts (énergie) dans la culture de légumes en serres et l’horticulture ornementale. L’amélioration de la qualité enregistre des résultats relativement plus élevés dans la culture de fruits et l’horticulture ornementale ainsi que dans l’introduction de nouveaux produits dans la culture de fruits. Les activités étendues sont relativement plus importantes dans l’élevage bovin viandeux, les entreprises mixtes d’élevage bovin et les entreprises mixtes d’élevage bovin et de cultures. Les grandes entreprises affichent globalement de meilleurs résultats, et les petites entreprises ne présentent un résultat similaire qu’au niveau des activités étendues.

La législation, l’âge/le suivi et l’incertitude sont les principales raisons du refus d’innover. Les dirigeants d’entreprise plus jeunes mentionnent plus souvent le manque de financement, les problèmes techniques et le manque de connaissances. Pour les dirigeants plus âgés, la principale raison est (logiquement) l'absence d'un successeur. Pour les grandes entreprises, l’incertitude par rapport à la législation et au marché et le manque de financement sont moins importants que pour les petites entreprises.

L’idée innovante provient surtout de l’expérience pratique au sein de l’entreprise, suivie à distance par les collègues et la littérature spécialisée/les salons. Au niveau des entreprises d’horticulture en serres, ces idées proviennent principalement des collègues. L'institut de recherche est relativement plus important dans les cultures de fruits et l’horticulture ornementale, ce qui est une conséquence logique de la présence de centres pratiques. De manière générale, l'élevage bovin (élevage viandeux) est surtout replié sur lui-même, tandis que l’horticulture, et surtout l’horticulture ornementale, est plus orientée vers les autres en ce qui concerne l’origine des idées innovantes.

Parallèlement, l’expérience pratique dans l’entreprise, les collègues et la littérature spécialisée/les foires sont désignés comme étant des sources d’informations importantes à très importantes.
Le fournisseur est relativement plus important dans l’élevage porcin, tandis que c’est plutôt le client qui est plus important dans l’horticulture ornementale, la culture de fruits et l’élevage porcin. De manière générale, l’élevage porcin et l'horticulture ornementale sont les secteurs les plus ouverts aux sources d’information autres que l’entreprise propre.

La plupart des participants ont développé l’innovation eux-mêmes. C’est surtout le cas dans l’élevage bovin (bétail viandeux) et dans les cultures. Ce n’est que dans l’horticulture sous serres que la plupart des innovations développées par d’autres ont été adaptées à l'entreprise. L’horticulture ornementale enregistre par ailleurs des résultats relativement élevés à ce niveau. L’horticulture ornementale et l’horticulture sous serres ont également repris plus d’innovations développées par d’autres sans les modifier. L'élevage porcin affiche des résultats relativement élevés pour les innovations développées avec d’autres parties.

S’il y a eu une collaboration pour l’innovation, elle a surtout eu lieu avec les fournisseurs. Les collègues, l’entreprise prestataire de services et l’institut de recherche sont en outre relativement importants. L’institut de recherche est surtout important pour la culture de fruits et l’horticulture ornementale, tout comme les fournisseurs le sont pour l’horticulture en serres, l’élevage bovin et l'élevage porcin. L'entreprise prestataire de services est quant à elle surtout importante pour l'élevage porcin, la culture de fruits et la culture de légumes en serre. De manière générale, la collaboration est la plus importante dans l’horticulture ornementale et l’élevage porcin et la plus faible dans les cultures et l’élevage bovin.

Version originale:

Deuninck J., Carels K., Van Gijseghem D. & Piessens, I. (2008)
Innovatie in land- en tuinbouw in Vlaanderen: resultaten van het Landbouwmonitoringnetwerk (LMN)
Departement Landbouw en Visserij, Brussel.


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