Pertes et gaspillage dans la chaîne alimentaire

Kris Roels, Dirk Van Gijseghem

Novembre 2011

Par «perte alimentaire», il faut comprendre toute réduction de la quantité de nourriture disponible pour la consommation humaine dans le cadre de la chaîne alimentaire depuis la récolte jusqu’à la consommation proprement dite. Dans le présent rapport, nous établissons une distinction entre les pertes alimentaires inévitables (le non-comestible) et évitables (le comestible), retenons une perspective de chaîne alimentaire et laissons pour compte l'usage inefficace de nourriture.

Divers obstacles entravent les tentatives de quantification du genre, mais les acteurs essaient d'y parvenir à différents niveaux politiques. La perte globale de nourriture comestible dans le monde est évaluée à 1,3 milliard de tonnes de nourriture par an, soit environ un tiers de la production alimentaire globale. Les pertes alimentaires sont un problème dans chaque région du monde, indépendamment du niveau de revenu. Il existe cependant un lien entre le niveau de revenu et l'endroit où cette perte intervient dans la chaîne. Les pertes en bout de chaîne sont plus nombreuses dans les pays plus riches. Dans les régions plus pauvres, la perte intervient surtout en début de chaîne.

Au sein de l'Union européenne, la perte alimentaire globale – évitable et inévitable – se chiffre à 89 millions de tonnes par an. Tous secteurs confondus, cette perte est de 179 kg par individu. La majeure partie de ces pertes est imputable aux ménages et à l'industrie alimentaire (respectivement 43% et 39 %). La perte alimentaire globale en Belgique est évaluée à 3,6 millions de tonnes par an. En Belgique, la majeure partie de la perte se situerait au niveau de l'industrie alimentaire (haute production par individu) et chez les ménages. En cela, la Belgique occupe, en chiffres absolus, la 8ème place du classement européen. L’industrie alimentaire belge figure également en 8ème place pour ce qui est de la perte alimentaire relative au sein de l'industrie alimentaire européenne. En Wallonie, les ménages gaspillent entre 14 et 23 kilos par habitant et par an, ce qui représente une perte financière annuelle de 174 euros par ménage. Le Bruxellois gaspille en moyenne 15 kilos par an, soit l’équivalent de 15.000 tonnes pour l'ensemble de la population bruxelloise. La perte alimentaire globale dans le reste de la chaîne bruxelloise est estimée à 54.350 tonnes. En Flandre, seules les pertes alimentaires trouvées dans les déchets résiduels des ménages flamands ont été étudiées. D’une mesure récente ressort que 12 % du contenu des déchets résiduels sont des pertes alimentaires, dont 5 % constituent des pertes évitables. Pour 21 % des produits emballés jetés non ouverts ressort que la date de conservation n'était pas encore dépassée.

Les causes des pertes alimentaires dans la chaîne alimentaire sont multiples. Dans le cadre de la production, ce sont les prises accessoires et les rejets dans le domaine halieutique, les pertes inhérentes à la nature même des activités agricoles et d’élevage (perte de récolte ou mort de bétail, p. ex.), les normes de qualité dans d'autres maillons de la chaîne et l’apparition d’une instabilité du marché. Des pertes industrielles surviennent également lors de la transformation (déchets de production, p. ex.) et l'emballage joue un rôle important. Dans le secteur de la distribution, les pertes sont induites par la gestion des stocks et la prévision de la demande, les stratégies de marketing, les considérations esthétiques et la durée de conservation. Les services alimentaires sont aux prises avec la taille des portions, des problèmes de demande et d’approvisionnement, la gestion des cuisines et d'autres facteurs environnementaux. Les causes des pertes alimentaires dans les ménages sont, entre autres, le prix de la nourriture, la prise de conscience, les connaissances et les compétences, la taille de la portion, la durée de conservation, les préférences personnelles et les facteurs socioéconomiques. La politique et la législation peuvent, elles aussi, avoir un impact sur les pertes de nourriture. Du point de vue alimentaire, les pertes et le gaspillage dans la chaîne sont désastreux, tant à la lumière de la problématique actuelle de la famine dans le monde (925 millions de personnes souffrent de la faim) qu’eu égard aux défis que notre système alimentaire et agricole nous impose de relever dans un proche avenir (9 milliards d'individus peupleront la terre en 2050). En même temps, les pertes alimentaires constituent également une problématique environnementale non négligeable. En effet, la production d’aliments a de lourdes conséquences pour l’environnement. Les pertes d’aliments constituent ni plus ni moins un gaspillage de matières premières précieuses et indispensables pour produire de la nourriture. Les éviter au maximum est donc une nécessité absolue. On peut réduire au maximum les postes déficitaires, réintroduire des denrées alimentaires dans la chaîne alimentaire ou retransformer la nourriture. Les pertes inévitables contraignent à une valorisation maximale, suivant une cascade de conservation de valeur maximale, où la conservation comme la nourriture destinée à la consommation humaine constituent la priorité.

Le rapport présente les postes déficitaires et les pourcentages déficitaires pour le secteur primaire flamand. La plus grande cause de pertes alimentaires dans l'élevage est la mort de bétail (66.000 tonnes). La perte de lait dans l'élevage laitier est relativement faible par rapport à la production totale (moins de 1 %) et se chiffre à seulement 19 millions de litres de lait (principalement liée à des mastites ou mammites). La perte d’œufs est très limitée. La pêche est confrontée à de grandes pertes: les prises accessoires et les rejets équivalent à 25 % du total des captures en moyenne. De petites pertes sont également imputables à l'intervention (1 à 3 %). Dans les cultures, peu de pertes de céréales et de betteraves sucrières sont à déplorer (moins de 4 %), mais la branche de la pomme de terre en accuse davantage (des pertes surtout liées à l'arrachage et au tri). Les pertes dans l’horticulture varient fortement en fonction de la branche d'activité et de la mesure dans laquelle les postes déficitaires se manifestent. Celles-ci vont de presque 0 % de la production (certains légumes cultivés en plein air) pour atteindre jusqu’à 30 % (cerises). Les pertes au niveau des ventes à la criée sont relativement limitées (moins de 1 % de l'approvisionnement global), avec 3.627 tonnes de pertes pour la consommation humaine. L'inventaire fait ressortir, pour le secteur primaire flamand en 2010, des pertes globales comprises entre 534.000 et 817.000 tonnes (matières premières). Dans certains secteurs agricoles, certaines possibilités de réduction des pertes n’ont pas encore été explorées.

Le rapport recommande une meilleure quantification des pertes alimentaires, de même que l'étude des causes sous-jacentes de ces pertes. Le thème des « pertes alimentaires » doit jouer un rôle important dans le débat alimentaire en perspective des années 2050 comme horizon. L'inventaire des pertes dans le secteur primaire peut constituer la base de nouvelles études afin de réduire ou valoriser ces pertes au maximum.

Version originale:

Kris Roels en Dirk Van Gijseghem (2011)
Verlies en verspilling in de voedselketen
Département de l'Agriculture et de la Pêche, Bruxelles.


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